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En me promenant ce jour là dans les magasins du grand marché de Pointe-Noire (République du Congo), je tombe sur une conversation entre deux congolaises qui font leurs achats
dans un magasin tenu par des chinois.
Elles me laissent passer, j'entre dans ce lieu rempli de
"chinoiseries" comme les congolais s'amusent à appeler ces nouveaux articles qui inondent et polluent desormais le commerce. En passant, il est important de signaler qu'ici le commerce est tenu
en majorité par des "étrangers" (devenus congolais très facilement). Les congolais préfèrent travailler dans les bureaux et quand ce n'est pas possible, ils préfèrent rester chez eux en attendant
le poste de leur rêve.
Ce qui attire mon attention dans la conversation de mes deux
compatriotes c'est ceci :
- Tu sais, ces blancs n'aiment pas trop notre manière de
faire et il faut éviter de les vexer, ils sont différents de nous.
Et l'autre de répondre,
- Alors on s'en va ?
Ce
qui m'offusque et me pousse à réagir au quart de tour c'est le mot blanc. Et là, je me tourne vers elles et leur demande :
- Qui
considérez-vous comme blancs, ce sont ces chinois ?
- Mais oui, ils
sont blancs, ils ne sont pas comme nous. Eux au moins nous ont apporté des choses qu'on ne pouvait pas avoir et ils nous vendent tout à moindre prix.
J'ai fini par admettre ce dernier argument et me suis demandée
que peut-on reprocher à des populations complètement desespérées qui jettent leur dévolu sur n'importe quel sauveur ? S'ils viennent nous vendre tout à des prix dérisoires que pouvons nous faire
? Cracher dessus ?
Cette révélation du nouveau blanc me cloue le bec et je sors
du magasin sans plus rien ajouter. Je commence à me demander ce qui nous arrive. Je finis par conclure que nous sommes retombés dans la colonisation avant même d'avoir fini avec la
première.
Donc, nos nouveaux amis les chinois bénéficient d'une
considération telle qu'ils sont nos nouveaux blancs. Ainsi, je commence à comprendre pourquoi ils sont arrivés si nombreux en un rien de temps, pourquoi on les trouve partout. Ils tiennent de
grands commerces, comme de petits étalages posés à même le sol, chacun peut y trouver sa place. Ils mènent de grands chantiers, exploitent le bois et pratiquent la pêche industrielle en mer.
Ils s'installent sans grand effort parce qu'ils bénéficient d'une valeur ajoutée : ils ont la peau plus blanche que la nôtre.
Nous avons décrié la colonisation européenne, nous avons
martellé pour dire qu'on en avait marre de subir cette colonisation. Merci, d'autres se sont battus pour que nous accédions aux indépendances. Mais voilà que, sans se poser des questions, nous
avons ouvert nos pays, notre marché, nos économies, nos amours à de nouveaux blancs, nos nouveaux sauveurs : les chinois. Comme d'habitude, nous avons pensé que les chinois se sont intéressés à
notre continent pour venir faire de l'humanitaire. Sans aucun discernement, nous avons mis l'hospitalité africaine sur son trente-un afin que l'hôte chinois soit reçu comme un
roi.
Je ne suis pas contre l'éclatement des frontières économiques,
au contraire. Mais quels échanges peut-il y avoir entre les Etats lorsque l'un se présente comme un envahisseur qui semble-t-il apporte tout et un autre qui, malgré tous les atouts qu'il a, se
positionne toujours comme un vase vide qui ne peut que recevoir ?
J'espère que les dirigeants de nos Etats vont se rendre vite
compte du danger dans lequel nous sommes en train de nous engouffrer volontairement. Cette fois, j'espère que nous aurons le courage d'admettre que personne ne nous a colonisé à notre
insu.
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